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Cher patron de Fakir (aussi patron de Merci Patron)

dimanche 4 décembre 2016, par FA-Amiens

Cet article a été relayé par plusieurs médias, nous en partageons l’analyse.

"Cher patron de Fakir (aussi patron de Merci Patron),

Pardonnez notre hardiesse, mais il est temps que nous parlions. On ne se connait pas mais nous avons eu maintes fois l’occasion de nous croiser lors de rassemblement sur Amiens. Permettez-nous donc de vous tutoyer, es-tu d’accord ? Nous sommes notamment venu.e.s ce fameux 12 mars où, à la suite de la sortie de ton film Merci Patron, nous nous réunissions pour faire enfin peur à nos dirigeant.e.s. Sache, cher François, que nous en avons marre d’être les bonnes betteraves de la farce ! A force d’appeler « révolution » la moindre kermesse militante, la masse que tu appelles de tes vœux au soulèvement, finit par avoir mieux à faire. Si la masse était un baril de poudre, tu voudrais être une étincelle ; à l’instar d’un de tes amis qui, un jour, en se réveillant, décidera qu’on est le matin du grand Soir, mais pour l’instant les Français.es ne sont pas assez matures pour l’autogestion. Penses-tu vraiment que c’est avec La petite maison dans la prairie que l’on ira « chercher tous les Klur » ? Ou faut-il y comprendre, de manière figurée, une nécessité de retour à la terre ? Si c’est le cas, milles excuses.
Nous avons été ravi.e.s de nous retrouver sur la place de la Maison de la culture, ce 12 mars, apprendre le haka de la peur, écouter ton ami Lordon, et chercher désespérément le départ de la manifestation (nous avons donc abandonné) sachant qu’en plus il faisait beau. Cependant, peu d’entre nous n’ont été dupes de ta stratégie de communication autour de ton film. D’ailleurs, permet-nous de te féliciter pour son succès ! C’est bien fort de ce succès que nous décidons de le voir, lors d’une projection publique (et gratuite) dans le campus occupé. On nous avait promis une franche rigolade et en sortant, nous sommes submergés de tristesse, mêlée de honte et de colère. N’aurions-nous pas compris ? Notre critique est-elle réduite à notre manque de légèreté ? Ou peut-être que ton film soulève des problématiques où les réponses apportées nous font glisser sur une pente à double tranchant…
Nous comprenons qu’il porte ce que tu appelles de tes vœux : réconcilier les classes populaires et les classes moyennes dans une lutte commune contre l’oligarchie ; mais les moyens que tu mets en œuvre nous paraissent manquer de finesse et déborder d’égo.
Non, ton projet n’est pas révolutionnaire…
Ta vision de la réconciliation entre classes populaires et classes moyennes nous questionne, car, pendant 50 minutes, on assiste surtout au jeu d’un intellectuel de gauche, instrumentalisant la misère de la famille Klur pour s’enorgueillir du rapport de force que son journal construit avec LVMH et Bernard Arnault. AhAh c’est trop drôle quand tu te fais sortir de l’AG… C’est une démonstration pitoyable de ce que tu penses être une alliance.
Quant à l’empathie des classes moyennes version Bienvenue chez les ch’tis, cela/elle ne renforce en rien l’alliance avec les classes populaires et détourne le film d’un quelconque projet politique émancipateur. C’est d’ailleurs peut être grâce à ton film que le premier volet de La rue des allocs se déroule à Amiens ? On vient chercher les bons pauvres en Picardie !
Si la simplicité peut être force de rassemblement, la caricature que tu fais des personnages de ton film, aussi réels soient-ils, les transforme en objets passifs. Ils semblent, malgré eux, embarqués dans une folle aventure, et deviennent la toile de fond dans l’histoire de SF (Super Ruffin ou Sciences Fiction, selon votre convenance) où un super héros prend toute la place (même celle du fils, présent).
Ainsi, si ce film romance une lutte, il s’agit de la tienne François ! Et si nous avons les utopies qu’on mérite, espérons qu’elles peuvent aller au-delà d’un CDI à Carrefour, même pour les Klur !
Et non, tu n’es pas Robin des bois !
Si robin des bois vole aux riches pour donner aux pauvres, il leur apprend aussi à se battre et à s’organiser collectivement ; qu’en est-il de ruffin des champs (de betteraves) qui humilie ces mêmes pauvres en les enfermant dans l’assistance de son leadership ?
Entre bienveillance et mépris de classe, il n’y a parfois qu’un pas…et tu dérapes… Espérons que tu as récupéré la gestion du compte bancaires des Klur, car comme tu le laisses entendre, les pauvres ne savent pas gérer leur argent autrement qu’en le dépensant ! Oups…nous aussi. Et quel paternalisme autoritaire ! Tu exprimes volontairement des références que tu nommes « popu », pour que tout le monde s’y retrouve mais en observant la salle dans laquelle nous étions, il s’agit bien de ces mêmes éléments popu dont les spectateur.rice.s rient. Tu n’as pas été jusqu’à mettre des sous-titres pour aider à la compréhension de l’accent picard mais nous pensons que ça n’aurait sans doute pas plus choqué que ça ! Comment comprendre le choix de la décoration que tu souhaites ajouter dans le salon pour planquer ton matériel d’enregistrement ? Comment comprendre le choix de monter la scène de répétition des négociations entre toi et le père Klur, façon bétisier ? Après Les maçons du cœur, sur TF1, qui proposent de finir les travaux d’une maison, à quand Les rançons du cœur, qui proposent à une famille de raquetter 30 000 euros à leur ancien patron et d’être figurant dans un film.

En espérant que tous les pauvres de la Picardie voire de la France aient ton contact et qu’il te reste un peu d’imagination pour rendre crédible tes canulars, nous te souhaitons bonne chance pour ta carrière politique. Peut-être nous retrouverons-nous aux prochaines élections municipales ! (Si les urnes ne vont rien changer, c’est la classe quand même d’être maire, c’est un peu être chef !)

Si la critique peut être drôle, on veut juste te dire qu’on a détesté ton film !"
Le groupe Ker’messes Libres