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Fukushima quand tu nous tiens...

samedi 11 mai 2013, par Bernoine, Hector Tator

À l’occasion de l’anniversaire de Fukushima, s’est tenue une réunion publique du collectif libertaire, à l’espace Dewailly, qui posait la question suivante : « Doit-on séparer la critique du nucléaire de celle de la société qui le rend nécessaire ? ». Plusieurs points ont été abordés de manière très libre au cours de la discussion. En voici quelques-uns.

Le discours institutionnel de non-dangerosité du nucléaire s’accompagne d’actions qui indiquent pourtant l’inéluctabilité de la catastrophe : assouplissement des règlements, par les autorités sanitaires, sur les doses de radioactivité « assimilables » par le corps humain, évolution des techniques de culture hors-sol qui permettront le retour des populations sur les zones irradiées. Et concernant les différents nuages à paillettes fluorescentes, tchernobylien et fukushimesque, ils se sont peut-être essuyés les pieds sur les paillassons des limites frontalières, mais c’était sans réelle conviction !

La question du nucléaire implique celle des énergies renouvelables, et les problèmes que celles-ci induisent ont été pointés : exploitation des terres rares [1] indispensables à la production de certains composants d’éoliennes, coût énergétique trop élevé pour la fabrication des panneaux solaires, nuisances olfactives des usines de méthanisation, etc. Tant que le cadre de réflexion sur ces énergies demeurera celui de la production et de la consommation de masse, les solutions tiendront du cautère sur jambe de bois.

Les décisions prises par certains gouvernements, bien après Hiroshima et Nagasaki, de recourir à l’énergie nucléaire a engagé les générations à venir. Il est maintenant impossible de penser une société sans nucléaire non pas comme méthode de production d’énergie mais en tant que réalité irradiante, destructrice, meurtrière, même une fois les centrales arrêtées. En cas d’accident ou de catastrophe les moyens à mettre en œuvre sont tels que les concevoir en dehors d’un État paraît illusoire. De par son pouvoir mortel, le nucléaire agit comme une épée de Damoclès, bien plus sûrement qu’un réseau de caméra de surveillance hypertrophié ou que la présence d’un car de CRS à chaque coin de rue.

Reste la vérité crue : en Anarchie il va bien falloir gérer les réacteurs éteints et les déchets. Y a-t-il un ingénieur libertaire dans la centrale ?


[1Les terres rares sont des métaux dont l’extraction et le raffinage entraînent le rejet de nombreux éléments toxiques (métaux lourds, acide sulfurique) ainsi que d’éléments radioactifs (uranium et thorium). La radioactivité mesurée dans les villages de Mongolie-intérieure proches de l’exploitation de terres rares de Baotou est de 32 fois la normale (à Tchernobyl, elle est de 14 fois la normale).