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Retour sur le 1er Mai 2021

Si ce Pre­mier mai a été l’occasion de goûter à nou­veau au plaisir du col­lec­tif lors des nom­breux rassem­ble­ments et défilés rit­uels, nous, mil­i­tantes et mil­i­tants du groupe Georges Morel de la Fédéra­tion anar­chiste, déplorons les attaques qui ont été menées con­tre les mil­i­tantes et les mil­i­tants du ser­vice d’ordre de la CGT, en fin de man­i­fes­ta­tion à Paris.
Il n’est pas ques­tion pour autant d’opposer les dif­férentes modal­ités d’actions à dis­po­si­tion du mou­ve­ment social, qu’elles relèvent de l’action syn­di­cale clas­sique ou de tac­tiques d’affrontements plus directes avec les forces répres­sives de l’État.
Or, ici, il y a eu une con­fu­sion entre la police de la bour­geoisie cap­i­tal­iste et le ser­vice d’ordre d’une organ­i­sa­tion de masse, héri­tière d’une tra­di­tion de lutte ouvrière, con­fu­sion assumée par l’expression du slo­gan « CGT collabo ».
Dans le con­texte actuel de large dif­fu­sion des idées d’extrême droite, le fait de rouer de coups un syn­di­cal­iste au sol ne peut être jus­ti­fié par les erreurs idéologiques et pra­tiques dont savent faire preuve cer­tains mem­bres de la CGT. Ces actes rap­pel­lent bien trop la chas­se aux mil­i­tants poli­tiques et syn­di­cal­istes des années trente.
C’est pourquoi, nous, mil­i­tantes et mil­i­tants anar­cho-syn­di­cal­istes du groupe Georges Morel de la Fédéra­tion anar­chiste, exp­ri­mons notre sol­i­dar­ité avec les cama­rades qui ont subi cette attaque. Nous rap­pelons aus­si que l’établissement d’une société lib­er­taire débar­rassée de toutes les oppres­sions ne pour­ra se faire que grâce à des principes d’entraide, de respect et de sol­i­dar­ité mutuels.

ÉTAT RÉGALIEN, ÉTAT MÉDECIN et BIOPOUVOIRS

Nous pub­lions, avec son autori­sa­tion, un texte de Philippe Pel­leti­er, enseignant-chercheur et géo­graphe lib­er­taire, analysant la crise actuelle liée à l’épidémie de Covid-19.

L’origine de la « crise san­i­taire » actuelle du Covid-19 — qui est en réal­ité une « crise » bien plus glob­ale — et son exten­sion don­nent lieu à de nom­breuses analy­ses. Il est évidem­ment ten­tant d’y rechercher une con­fir­ma­tion de ses petites théories. Mais les phénomènes étant par déf­i­ni­tion inédits et pos­si­ble­ment imprévus tels quels — con­traire­ment aux philoso­phies de l’histoire — il faut s’attacher à ce qui se passe réelle­ment, tout en étant con­scient du tour­bil­lon entre le trop et le pas assez d’informations.
Par­mi tous les phénomènes qui car­ac­térisent l’actuelle pandémie, deux doivent plus par­ti­c­ulière­ment attir­er notre atten­tion : l’État (sa nature, son rôle) et les médecins (leur rap­port au poli­tique et à la sci­ence, notam­ment). Ces deux ques­tions parais­sent essen­tielles pour com­pren­dre ce qu’il se passe et ce qu’il risque d’arriver à l’issue de la crise. L’aphorisme de « gou­vern­er, c’est prévoir » ayant fait preuve de son imper­ti­nence dans bien des cas, il n’implique pas que nous, indi­vidu­elle­ment ou col­lec­tive­ment, restions sans réfléchir au présent ou à la suite.

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En grève jusqu’à la retraite !

gg-ld.jpgNotre con­di­tion d’existence matérielle com­mune, celle de notre classe sociale, est d’être condamné.e.s au salariat.

Nous sommes obligé.e.s de ven­dre notre force de tra­vail pour avoir un salaire à la fin du mois. Ain­si, les cap­i­tal­istes ne pos­sè­dent pas seule­ment les moyens de pro­duc­tions, ils pos­sè­dent nos vies. Plus nous tra­vail­lons et plus ils s’enrichissent, notre pré­car­ité est la con­séquence de leurs div­i­den­des. Mais il reste une chose qui nous per­met de sup­port­er cette mis­ère : la per­spec­tive du départ à la retraite.

La retraite est une petite goutte de sol­i­dar­ité dans l’océan de mis­ère cap­i­tal­iste. Elle per­met de finir ses jours sans oblig­a­tion de tra­vailler, avec un revenu décent. Cette goutte n’est pas tombée du ciel, elle a été obtenue par la lutte. Aux lende­mains de la sec­onde guerre mon­di­ale, le sys­tème de retraite a été créé, bâti et défendu par des mil­i­tantes et mil­i­tants de la CGT. Mal­gré l’opposition acharnée des par­tis de gou­verne­ment, gaullistes ou social­istes de la SFIO, ces syn­di­cal­istes seul.e.s con­tre tous.te.s ont réus­si à con­quérir ce petit bas­tion de liberté.

Ce bas­tion, aujourd’hui, il est ques­tion de le pul­véris­er, de le réduire à une sim­ple anticham­bre de la mort.

Repoussée de deux ans, incal­cu­la­ble à l’avance, moins bien indexée sur le coût de la vie, ne prenant plus en compte ni la mater­nité ni la péni­bil­ité du tra­vail, tou­jours plus injuste pour les femmes et les pré­caires, rabotée de 25%, voilà quelle gueule va tir­er notre retraite après avoir subi cette réforme. Bilan : les rich­es se payeront une mutuelle, les autres pour­ront à peine se pay­er leurs cercueils.

La retraite était une per­spec­tive qui nous per­me­t­tait d’endurer le pire en se dis­ant « vive­ment la retraite », un com­pro­mis. Main­tenant, alors que la cap­i­tal­isme détru­it l’environnement et que cette réforme détru­it nos per­spec­tives de vie après le salari­at, le pire est devant nous.

Mais si nous n’avons plus de retraite décente, alors nous n’avons plus de raisons décentes d’aller travailler.

Devra-t-on vrai­ment se crev­er au tra­vail sur une planète mourante ?
Non, il est temps de désert­er mas­sive­ment les bureaux et les usines.
Le temps de la grève générale est venu.
Notre syn­di­cal­isme doit rompre avec tout fonc­tion­nement autori­taire et toute négociation.
Notre syn­di­cal­isme doit faire refleurir partout les assem­blées générales, les man­i­fes­ta­tions, les blocages, les occu­pa­tions et toutes autres actions directes néces­saires pour met­tre à bas le cap­i­tal­isme et sauver nos vies.
Notre syn­di­cal­isme doit être anar­chiste, c’est à dire qu’il doit ten­dre à l’abolition de toutes les dom­i­na­tions pas­sant par la néces­saire expro­pri­a­tion des cap­i­tal­istes et la réor­gan­i­sa­tion de la pro­duc­tion dans l’intérêt de tous et toutes.

La per­spec­tive de par­tir à la retraite s’érode ? Celle de la révo­lu­tion se renforce.
Des­ti­tuons Macron et met­tons le cap­i­tal­isme à la retraite.

VIVE LA GRÈVE GÉNÉRALE EXPROPRIATRICE !

Col­lec­tif Alexan­dre Mar­ius Jacob – Groupe Georges Morel de la Fédéra­tion Anar­chiste – CNT Somme – Groupe lycéen Louise Michel

Pour en finir avec le fumiste Saul Alinsky

Vous trou­verez ici, en télécharge­ment, la pre­mière brochure des édi­tions LE POING : Quelles règles pour les rad­i­caux ? Plongée cri­tique dans « Rules for Rad­i­cals » de Saul Alin­sky.

***

Pass­er en revue la « méth­ode Alin­sky » pour repren­dre l’expression sous laque­lle les idées d’Alinsky sont trans­posées dans le tra­vail social et le mil­i­tan­tisme en France peut se déclin­er sur plusieurs axes.L’objet de notre brochure « Quelles règles pour les rad­i­caux ? » sera donc pri­or­i­taire­ment une analyse de Rules for Rad­i­cals : A Prag­mat­ic Primer for Real­is­tic Rad­i­cals traduit dans sa pre­mière ver­sion française en « Manuel de l’animateur social »(1). Reprenant un titre et un sous-titre étant plus fidèles à la ver­sion orig­i­nale, il a égale­ment été édité récem­ment sous le titre Être rad­i­cal : Manuel prag­ma­tique pour rad­i­caux réal­istes.
Par­fois présen­té comme « a god hat­ing anar­chist » par cer­taines fanges de la droite aux États-Unis et blâmé pour son influ­ence réelle ou sup­posée sur le par­ti Démoc­rate et l’État Fédéral ; en France, il est très large­ment pro­mu par l’Institut Alin­sky, l’Alliance Citoyenne, le mou­ve­ment Les Désobéis­sants, dont on retrou­ve une forme de décli­nai­son locale avec la Boîte Sans Pro­jet et égale­ment dans le champ par­ti­san par Fran­cois Ruf­fin et La France Insoumise. Glob­ale­ment, le champ du tra­vail social et la gauche asso­cia­tive et citoyenne ont été pénétrés par ses idées. Cette pro­mo­tion passe par la réédi­tion de Rules for Rad­i­cals et des for­ma­tions à la « méth­ode Alin­sky ». Ces pro­mo­teurs, notam­ment les mem­bres de l’Institut Alin­sky, ou Les Désobéis­sants devi­en­nent comme les pre­miers organ­isa­teurs de l’Industrial Area Foun­da­tion, des per­ma­nents de la rad­i­cal­ité, rémunérés notam­ment pour les for­ma­tions au mil­i­tan­tisme qu’ils réalisent. Le démar­chage de la clien­tèle de ces for­ma­tions se fait tout sim­ple­ment par le mul­ti­po­si­tion­nement dans les réseaux mil­i­tants et dans les col­lec­tifs de luttes nais­sant où sont d’abord pro­posées des for­ma­tions pra­tiques gra­tu­ites comme pro­duit d’appel avant la propo­si­tion de for­ma­tions payantes avec tar­ifs préféren­tiels pour les per­son­nes en dif­fi­cultés. Cer­taines de ses organ­i­sa­tions vivent égale­ment de for­ma­tions dis­pen­sées pour les mem­bres d’associations, les salariés d’entreprises ou de col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales. En défini­tive pour qui milite suff­isam­ment longtemps dans la gauche et l’outre-gauche con­tem­po­raine, il est dif­fi­cile de ne pas crois­er un pro­mo­teur de la méth­ode Alin­sky et c’est d’ailleurs ce qui motive notre texte.
On notera que ces idées sont intro­duites en France sous cou­vert de l’expression de « méth­ode » et sous la forme d’une liste d’étapes à respecter, sans doute pour ras­sur­er sur la sup­posée ratio­nal­ité et effi­cience des tech­niques présen­tées auprès des par­ti­c­uliers et des asso­ci­a­tions. Si « Rules for Rad­i­cals » y est men­tion­né, à aucun moment son con­tenu n’est réelle­ment dis­cuté, et cela est l’objet de notre brochure. Puisque par­ler des « théories d’Alinsky » ou de « l’idéologie d’Alinsky » serait sans doute trop ouvrir la porte à une cri­tique sur le fond de cet out­il­lage. Cela est cohérent, Alin­sky lui-même se met­tant dans une pos­ture anti-idéologique, du réal­isme, du prag­ma­tisme. Une rhé­torique telle­ment usée par la droite (française et inter­na­tionale) qu’elle nous paraît un bien mis­érable cache-sexe pour avancer une idéolo­gie par­ti­c­ulière. Idéolo­gie est ici bien enten­du dans le sens de sys­tème plus ou moins cohérent, et pas for­cé­ment con­scient, d’idées per­me­t­tant de pos­er un regard sur le monde passé, présent et à venir… Pré­ten­dre être dépourvu d’idéologie pour le monde social est comme pré­ten­dre être dépourvu de per­cep­tion pour le monde physique. 

1. La fig­ure cen­trale de l’ouvrage, après Alin­sky lui-même, est celle du « com­mu­ni­ty orga­niz­er » traduit dans le titre par « ani­ma­teur social » mais que nous appellerons dans le cadre de cet arti­cle « organ­isa­teur » ou « organ­isa­teur professionnel ».

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Chronique de la répres­sion ordinaire

Au print­emps dernier, à Amiens comme ailleurs, jeunes et moins jeunes se sont réveil­lés au son d’une loi Tra­vail injuste et régres­sive. Cam­pus investis en lieu de vie et de débats, man­i­fes­ta­tions fes­tives, nuits debouts sous la pluie. Les amiénois s’organisaient, pen­dant que la colère deve­nait générale.
Mais plus la prise de con­science mon­tait plus les flics suréquipés se mon­traient. Plus nous com­pre­nions que cette loi met­tait en péril toutes les luttes sociales, plus l’intimidation pro­gres­sait. Vous et moi, étions ce vent de con­tes­ta­tions et, vis­i­ble­ment, nous leur avons fait peur.
Pre­mières con­vo­ca­tions aux com­mis­sari­ats : on inter­roge, on cherche la déla­tion. Pre­mières garde-à-vues, c’est l’at­tente devant le com­mis­sari­at pour voir sor­tir nos cama­rades, 12h… 24h … 36h… L’Etat d’Urgence jus­ti­fie la dérai­son. Et comme toute mécanique bien huilée, la pre­mière attaque directe con­tre mou­ve­ment social sème la divi­sion par­mi les man­i­fes­tants. Il nous faut alors réa­gir rapi­de­ment, subir le con­tre­coup. Com­ment tenir devant les con­damna­tions qui pleu­vent ? Les mil­i­tants les plus isolés sont touchés : ils sont sans emploi, sans par­ti, sans syn­di­cat. Sur­sis, prison ferme, amendes… Une quin­zaine de per­son­nes voit leurs avenirs, leurs pro­jets s’effondrer.
Pen­dant ce temps, la Mairie d’Amiens soigne son image : belles rues, belles déco­ra­tions de Noël, invi­ta­tion à accepter un tra­vail pré­caire chez Ama­zon. Mais surtout, elle réclame des dizaines de mil­liers d’euros à des man­i­fes­tants et fait pay­er le droit de se réu­nir aux associations.

Aujourd’hui, à Amiens comme ailleurs, vous et moi sommes pour­chas­sés, assom­més, réduits au silence. Alors que les médias poussent à l’ou­bli, la répres­sion con­tin­ue. Pour une par­tic­i­pa­tion à une man­i­fes­ta­tion à Paris en mai 2016, un cama­rade arrêté et jugé (coupable, pas besoin de le pré­cis­er) attend de savoir à la fin de ce mois de jan­vi­er quelle pri­va­tion de lib­erté, il devra subir. Six mois avec un bracelet sont req­uis par le pro­cureur. Enchain­er un homme, le garder à l’œil, voilà le seul courage de l’Etat.
Les social­istes ont don­né les bases du prochain gou­verne­ment. Encour­ager la coerci­tion et (re)mettre SES citoyens, dans SES cas­es : tra­vailler et se taire. Surtout se taire. Com­ment oser con­tester, juste s’exprimer, quand pour une sim­ple manif., cha­cun risque la prison ? L’enfermement c’est nier qu’on est humain, nier qu’on est égaux.
Le gou­verne­ment s’op­pose au peu­ple, à vous et moi de réagir.

Le chat

Cher patron de Fakir (aus­si patron de Mer­ci Patron)

Cet arti­cle a été relayé par plusieurs médias, nous en parta­geons l’analyse.

Cher patron de Fakir (aus­si patron de Mer­ci Patron),

Par­don­nez notre hardiesse, mais il est temps que nous par­lions. On ne se con­nait pas mais nous avons eu maintes fois l’occasion de nous crois­er lors de rassem­ble­ment sur Amiens. Per­me­t­tez-nous donc de vous tutoy­er, es-tu d’accord ? Nous sommes notam­ment venu.e.s ce fameux 12 mars où, à la suite de la sor­tie de ton film Mer­ci Patron, nous nous réu­nis­sions pour faire enfin peur à nos dirigeant.e.s. Sache, cher François, que nous en avons marre d’être les bonnes bet­ter­aves de la farce ! A force d’appeler « révo­lu­tion » la moin­dre ker­messe mil­i­tante, la masse que tu appelles de tes vœux au soulève­ment, finit par avoir mieux à faire. Si la masse était un bar­il de poudre, tu voudrais être une étin­celle ; à l’instar d’un de tes amis qui, un jour, en se réveil­lant, décidera qu’on est le matin du grand Soir, mais pour l’instant les Français.es ne sont pas assez matures pour l’autogestion. Pens­es-tu vrai­ment que c’est avec La petite mai­son dans la prairie que l’on ira « chercher tous les Klur » ? Ou faut-il y com­pren­dre, de manière fig­urée, une néces­sité de retour à la terre ? Si c’est le cas, milles excuses.
Nous avons été ravi.e.s de nous retrou­ver sur la place de la Mai­son de la cul­ture, ce 12 mars, appren­dre le haka de la peur, écouter ton ami Lor­don, et chercher dés­espéré­ment le départ de la man­i­fes­ta­tion (nous avons donc aban­don­né) sachant qu’en plus il fai­sait beau. Cepen­dant, peu d’entre nous n’ont été dupes de ta stratégie de com­mu­ni­ca­tion autour de ton film. D’ailleurs, per­met-nous de te féliciter pour son suc­cès ! C’est bien fort de ce suc­cès que nous déci­dons de le voir, lors d’une pro­jec­tion publique (et gra­tu­ite) dans le cam­pus occupé. On nous avait promis une franche rigo­lade et en sor­tant, nous sommes sub­mergés de tristesse, mêlée de honte et de colère. N’aurions-nous pas com­pris ? Notre cri­tique est-elle réduite à notre manque de légèreté ? Ou peut-être que ton film soulève des prob­lé­ma­tiques où les répons­es apportées nous font gliss­er sur une pente à dou­ble tranchant…

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GOODYEAR : Une bonne année et surtout la Santé…

Et voilà, l’Etat encore une fois valet du Cap­i­tal a frap­pé : huit anciens salariés de Goodyear ont été con­damnés à 24 mois de prison dont neuf fer­mes pour de soit-dis­ant vio­lences. En fait ils ont eu le culot suprême de retenir dans l’usine deux cadres de la direc­tion Goodyear Amiens Nord, pas de vio­lences, pas de mal­trai­tances, et « libéra­tion » des deux après 30 heures. Eux qui voulaient impos­er les 4×8, ils ont eu un avant-goût des cadences infernales…

En fin de con­flit, un accord est signé avec la direc­tion et toutes les plaintes sont retirées. Mais voilà qui ne con­vient pas à nos chers politi­cards, et par­ti­c­ulière­ment au trio de comiques : Hol­lande, Valls, Macron. Alors on enfonce le clou et le pro­cureur général valet du par­quet se déchaîne. Ils n’en ont pas assez de l’état d’urgence, ils s’attaquent main­tenant aux tra­vailleurs les plus com­bat­ifs, aux mil­i­tants syn­di­caux, à la lutte sociale, à tous ceux qui se bat­tent pour l’émancipation, la jus­tice, le bien-être, la liberté.

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Amiens, com­mune du Chiapas

Les pre­mières ren­con­tres lib­er­taires amiénois­es du XXIème siè­cle ont eu lieu le same­di 06 juin. Il fai­sait beau. C’était con­vivial et très instruc­tif. Nous le devons à l’intervention de cama­rades parisiens de la Fédéra­tion anar­chiste qui ont partagé avec l’assemblée leurs expéri­ences et réflex­ions. Nous les en remer­cions encore chaleureusement.
Lors de l’exposé, il a été notam­ment ques­tion de l’adhésion de la F.A. à la Sex­ta, et donc du Chi­a­pas. La Sex­ta est la six­ième déc­la­ra­tion de la forêt Lacan­done. Elle s’inscrit dans le long proces­sus d’émancipation col­lec­tive chi­a­panèque ren­du vis­i­ble par l’insurrection des indigènes, le 1er jan­vi­er 1994 au Mexique.

Pour saisir ce qui se joue depuis plus de trente ans au Chi­a­pas, en tant que lieu de résis­tance civile et paci­fique au mod­èle néo-libéral et comme espace de créa­tion d’alternatives con­crètes, le livre de Guil­laume Goutte, Tout pour tous ! L’expérience zap­atiste, une alter­na­tive con­crète au cap­i­tal­isme, est un très bon outil.

toutpourtous.gifCet ouvrage syn­thé­tique explique com­ment le mou­ve­ment zap­atiste s’inscrit dans une his­toire vieille de cinq cents ans, celle de la résis­tance des peu­ples indi­ens aux oppres­sions, depuis la coloni­sa­tion des Amériques jusqu’au cap­i­tal­isme con­tem­po­rain. Le réc­it de la con­sti­tu­tion de l’Armée zap­atiste de libéra­tion nationale (EZLN) vient ensuite, ain­si que celui du dépasse­ment cri­tique du marx­isme-lénin­isme et du gue­varisme qu’elle a effec­tué au con­tact des pop­u­la­tions locales. Deux chapitres sont enfin con­sacrés à l’organisation de la vie civile, aux réal­i­sa­tions col­lec­tives en ter­mes d’éducation, de san­té, et d’économie, et à l’inscription de ces actions dans un réseau inter­na­tion­al. Les con­tra­dic­tions appar­entes (quel rôle peut jouer une armée, fût-elle zap­atiste, dans la con­struc­tion d’une société réelle­ment démoc­ra­tique ?), les dif­fi­cultés d’un tel pro­jet, et les réflex­ions menées sur la per­ti­nence de le penser comme un mod­èle repro­ductible sont traitées sans fard.

Et c’est pro­phy­lac­tique. Car à l’heure des séré­nades podemiques et post-syrizesques, il est grand temps de ramer à con­tre-courant des riv­ières de l’oubli médi­a­tique, celles de l’information immé­di­ate, de la mode et du présent per­ma­nent qui oblitèrent la déter­mi­na­tion, la per­sis­tance, l’étendue, et le suc­cès des réelles alter­na­tives en actes. Loin des clô­tures élec­toral­istes, notre réap­pro­pri­a­tion de l’activité poli­tique requiert une redéf­i­ni­tion col­lec­tive des fron­tières du pens­able pour pro­gress­er sur les chemins de l’émancipation com­mune, accom­pa­g­nés, en pen­sée, de Don Duri­to de la forêt Lacan­done(1). Ya Basta !

Ref­er­ences

Ref­er­ences
1 Don Duri­to, scarabé chi­a­panèque fumeur de pipe, est un com­pagnon du sous-com­man­dant Mar­cos. Il voy­age, sur sa tortue nom­mée Pégase, afin d’affiner ses réflex­ions poli­tiques dont on peut trou­ver quelques morceaux choi­sis dans le recueil éponyme Don Duri­to de la forêt Lacan­done aux Edi­tions de la Mau­vaise Graine.

L’université pop­u­laire con­tre l’anarchisme

Cet été, une cama­rade atti­rait l’attention de la rédac­tion sur la tenue d’un cours dis­pen­sé par l’Université Pop­u­laire d’Amiens inti­t­ulé « Le gou­verne­ment con­tre l’Etat ». Appelés sur d’autres fronts de luttes le jour même, ce n’est que grâce à la mise en ligne sur inter­net de cette con­férence que nous avons pu en appréci­er le con­tenu. Une par­tie con­séquente de l’exposé est con­sacrée à l’anarchisme, avec pour volon­té affichée de réha­biliter ce courant poli­tique parce qu’il ques­tionne le principe d’autorité. L’entreprise est dans l’ensemble sym­pa­thique, mais boit le bouil­lon au final. Décryptage…

En for­mat vidéo, le dis­cours de l’intervenant est entre­coupé de pas­sages de doc­u­men­taires, clips, films, etc. étayant la démon­stra­tion. C’est assez drôle, ça allège le pro­pos. Mais ça dérape très vite. Pour soulign­er le fait que l’assimilation de l’anarchie au désor­dre est une con­struc­tion du pou­voir bour­geois, un extrait d’une inter­view d’Etienne Chouard est intro­duit. Certes son inter­ven­tion est intéres­sante, mais c’est faire fi un peu rapi­de­ment de sa com­plai­sance à l’égard de l’extrême-droite. Ou com­ment tir­er une balle dans le pied du voisin qu’on voudrait sauver !

Out­re cette « faute de goût », il est dom­mage de n’avoir pas poussé davan­tage sur le con­cept d’« Etat ». Selon le con­férenci­er, « l’Etat est l’ensemble des insti­tu­tions qui ser­vent à réguler la vie sociale », ce qui lui per­met d’affirmer dans la foulée que l’anarchie est com­pat­i­ble avec l’Etat. Effec­tive­ment, à ce niveau tout n’est ques­tion que de définition…
Quitte à con­vo­quer l’anarchisme pour évo­quer la ques­tion de l’autorité, autant pour­suiv­re vers celles de la légiti­ma­tion et de la légitim­ité. Et quitte à citer quelques auteurs, pourquoi se priv­er d’un poids lourd en la matière ? Par­mi d’autres réflex­ions, celle-ci, de Pierre Bour­dieu, tirée de Sur l’Etat, ouvre bien des pistes : «  Un cer­tain nom­bre d’agents qui ont fait l’État, et se sont faits eux‑mêmes comme agents d’État en faisant l’État, ont dû faire l’État pour se faire déten­teurs d’un pou­voir d’État  » (p. 69, Édi­tions du Seuil, col­lec­tion « Raisons d’agir »)

Mais ce n’est pas cette omis­sion qui inter­pelle le plus. Ce qui plombe vrai­ment la séance c’est para­doxale­ment la mau­vaise com­préhen­sion de l’anarchisme et de son his­toire par l’orateur. D’un côté il proteste sincère­ment con­tre les lois scélérates de 1894 – sans explicite­ment les nom­mer – et d’un autre il dis­crédite le mou­ve­ment anar­chiste en le lim­i­tant, de manière répétée, à une com­posante indi­vid­u­al­iste mal com­prise : le lien qu’il induit avec l’individualisme néolibéral est totale­ment insup­port­able, indi­vid­u­al­isme qui, en l’occurrence, s’articule sur une oppo­si­tion stérile entre indi­vidu et société.
User de tels rac­cour­cis, c’est ignor­er com­plète­ment la richesse et l’histoire col­lec­tive de l’anarchisme. Qu’en est-il des Pell­outi­er, Grif­fu­el­h­es, Pouget, et de la CGT ? Quid de la Makhnovchtchi­na et de l’Espagne de 36 ? De l’IFA, de l’AIT, d’Anarkismo ? En quoi ces pro­jets poli­tiques d’émancipation col­lec­tive passés et présents n’auraient pas été et ne seraient pas assez collectifs ?

C’est bien dommage !
L’université pop­u­laire a aus­si pour rai­son d’être de per­me­t­tre à celles et ceux qui savent mais qui n’ont pas la légitim­ité insti­tu­tion­nelle (d’Etat ?) pour pro­fess­er de se réap­pro­prier la parole et la pos­si­bil­ité de partager leur savoir sans que quelqu’un par­le à leur place. Les anars de tous poils ne man­quent pas à Amiens, qu’ils soient organ­isés ou non. Ça n’aurait pas été bien dif­fi­cile d’en dégot­er quelques spéci­mens pour échang­er avec eux sur les per­spec­tives de luttes col­lec­tives autour d’une bière et de cacahuètes.

ANARCHY IN SAMARA

stfuscien.jpgL’heure est grave ! Pour cer­tains du moins, d’après ce titre sur­prenant du cour­ri­er Picard, mais pas pour les lib­er­taires. Le change­ment n’a peut-être pas encore sauté aux yeux des nom­breux tra­vailleurs qui emprun­tent quo­ti­di­en­nement cet axe névral­gique d’Amiens, mais la rue Saint-Fuscien est bien un espace autogéré.

Petite expli­ca­tion.

Auto-proclamée hors N.F. (et hors Tafta) cette zone autonome (tem­po­raire ?) a vu ses places de park­ing bitumeuses rem­placées par des bosquets de plantes lux­u­ri­antes et déli­cieuse­ment odor­antes. Les horo­da­teurs ont été abat­tus. Çà et là, à l’op­posé des poli­tiques urbaines sécu­ri­taires con­tem­po­raines, ont été dis­posés aléa­toire­ment des bancs pour que des êtres humains puis­sent se ren­con­tr­er et échang­er dans les espaces com­muns qu’ils se sont ré-appro­priés. Pour l’anec­dote, quelques far­felus ont bâti un colom­bier sur les ruines des Illus­tra­tions picardes, place de l’As­sas­sin Jof­fre, avec des matéri­aux de récupération.
Fait remar­quable l’en­droit sem­ble jouir d’un micro-cli­mat qui le sauve de la gri­saille habituelle. Et la végé­ta­tion repousse les effluves pesti­len­tielles (et très prob­a­ble­ment tox­iques) des usines chim­iques situées en périphérie de la ville.
La jonc­tion a été faite avec les jardins ouvri­ers du Faubourg de Noy­on, après avoir détru­it quelques bâti­ments inutiles de la République. Les habi­tants s’or­gan­isent pour la répar­ti­tion des tâch­es à venir pour les futures cul­tures, et l’on dis­cute ferme mais avec suc­cès des modal­ités de pris­es de déci­sions col­lec­tives, de la rota­tion et du tuilage des man­dats impérat­ifs et de la façon de redis­tribuer équitable­ment les pro­duc­tions. Tout cela est ren­du pos­si­ble par l’ab­sence des par­tis poli­tiques et des syn­di­cats réformistes, lesquels sont naturelle­ment trop occupés à ne rien faire pour l’é­man­ci­pa­tion des individus.
Du côté de la mairie c’est un mélange d’indig­na­tion, d’ef­froi et de stu­peur qui agite les zélés élus de la drauche comme de la groite. Cer­tains se sont évanouis en apprenant que les antennes-relais de télé­phonie mobile avaient été démon­tées et que la con­struc­tion d’un aérogénéra­teur sur le mod­èle d’un bad­gir per­san avaient débuté dans la cour de la DRAC…
Et le phénomène sem­ble s’é­ten­dre. Ain­si lors d’un match ami­cal de hoquet au Col­i­se­um, sur­volant la foule comme une res­pi­ra­tion print­anière, la ren­gaine suiv­ante a fusé à maintes repris­es dans plusieurs tribunes :


“NDDL, SIVENS, SAINT-FUSCIEN, MEME COMBAT !!!”
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